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Simmental nachher
Ernst Zbären

En septembre 1986, le Conseil des États acceptait d’exclure l’autoroute du Rawyl de l’arrêté fédéral sur le réseau des routes nationales. Le Conseil national en avait décidé de même en mars déjà. Le Parlement enterrait ainsi la liaison autoroutière directe entre Berne et Sion, prévue depuis 1966 dans l’arrêté sur le réseau.

Une vallée aurait disparu

Le tracé du Rawyl était déjà planifié concrètement: l’autoroute aurait relié Spiez à la Lenk par le Simmental. Au niveau des chutes d’Iffig, elle aurait traversé les Alpes par un tunnel d’une dizaine de kilomètres pour revenir à la lumière du jour au sud du barrage de Tseuzier. Les ingénieurs de l’Office fédéral des routes voyaient le Simmental comme une zone de transit. Mais ce qui, sur leurs cartes, apparaissait comme une plaine exploitable était en réalité un paysage cultivé, des sols fertiles et des milieux naturels précieux le long de la Simme.

Conscient de ce trésor, le photographe naturaliste Ernst Zbären est monté aux barricades. Il a fondé l’association Pro Simmental et organisé, en mai 1976, une tournée des médias avec un dossier illustré. Les journalistes ont alors découvert l’impact que la construction de l’autoroute aurait eu: une bande de béton aurait défiguré la vallée. Les images d’Ernst Zbären ont frappé les esprits.

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Copyright image de gauche: Ernst Zbären / Copyright image de droite: Ernst Zbären

Et tout à coup, la protection du Simmental est devenue l’affaire de toute la Suisse. La nature est venue donner un coup de pouce. En 1979, de l’eau s’est infiltrée dans la galerie de prospection qui avait été aménagée du côté valaisan en vue de la construction du tunnel. La roche karstique s’est mise à bouger et des fissures sont apparues dans le barrage du Tseuzier. Le lac a dû être vidé en urgence. Mais le Conseil fédéral a maintenu ses plans.

134 000 signatures en six mois

Le tournant est venu de la pression populaire. En 1982, Pro Simmental et Helvetia Nostra, sous la houlette de Franz Weber, ont lancé l’initiative populaire «Pour sauver le Simmental des routes nationales», rassemblant plus de 134 000 signatures en un peu plus de six mois. Le signal a fonctionné, et le Parlement a retiré le projet avant même la votation.

L’autoroute du Simmental est l’un des trois seuls projets à ce jour à avoir été exclus de l’arrêté sur le réseau des routes nationales. Les autres sont le tronçon menant de Schaffhouse à la frontière allemande, biffé en 2020, et le tracé en Y zurichois en 2024. Trois projets en près de 60 ans sur le réseau des routes nationales: ce n’est pas si mal.

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Copyright image de gauche: Ernst Zbären / Copyright image de droite: Ernst Zbären

Albert Rösti, comme un déjà-vu

La leçon tirée de cet épisode? Elle est maigre, montre l’histoire récente. En novembre 2024, le peuple a refusé l’«étape d’aménagement 2023 des routes nationales» par 52,7 % des voix. Une large alliance emmenée par l’ATE avait réussi à démontrer l’effet contre-productif à long terme de l’extension des capacités autoroutières.

Cependant, peu impressionné par la décision populaire, le conseiller fédéral Albert Rösti n’a pas exclu de réintégrer au programme d’aménagement d’ici 2045 certains des projets refusés, notamment dans les régions de Bâle, de Saint-Gall et de Schaffhouse. Deux de ces projets, les tunnels du Rhin et du Rosenberg, ont même été déclarés prioritaires dans une expertise de l’EPF commandée par le conseiller fédéral. Pour l’ATE, cette façon de revenir à la charge est antidémocratique.

Le message envoyé par le Simmental en 1986 est limpide: à l’époque déjà, le Conseil fédéral s’est accroché longtemps à ses plans. Le combat de la société civile contre le projet a duré plus d’une décennie. Et cette persévérance a payé: au lieu d’une autoroute, le tunnel de base du Lötschberg relie aujourd’hui Berne au Valais de manière rapide, silencieuse et fiable.

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