Au moins 1,5 mètre
En général, les automobilistes ne respectent pas une distance suffisante en dépassant des cyclistes. Ce constat est le résultat d’une étude menée par l’ATE en collaboration avec la haute école de Suisse orientale. Que peut-on faire pour désamorcer la situation?
Dans le trafic routier, les règles ne sont pas toujours respectées, avec des conséquences variées pour les usagères et usagers de la route. En dépassant des cyclistes sans respecter un écart suffisant, les automobilistes commettent une infraction risquée, d’un point de vue objectif et subjectif.
Beaucoup n’ont pas conscience de la dangerosité de cette manoeuvre, pourtant fréquente. La Suisse ne s’est pas dotée d’une réglementation claire en la matière. La loi exige simplement une distance «suffisante» et les tribunaux évaluent au cas par cas si elle a été respectée, par exemple en cas d’accident. L’interprétation de la notion de distance suffisante est donc laissée aux automobilistes. Pourtant, des spécialistes ont évalué sérieusement l’écart minimum nécessaire pour que les cyclistes – aussi les moins expérimenté·es – se sentent en sécurité: il doit être d’au moins 1,5 mètre dans les localités où la vitesse maximale est de 50 km/h. Cette exigence n’a rien d’utopique: elle est déjà obligatoire dans de nombreux pays européens.
5000 manoeuvres de dépassement
Des études menées précédemment ont permis d’identifier plusieurs facteurs influençant l’écart de dépassement: des routes étroites et un trafic (en sens contraire) dense provoquent des frôlements trop rapprochés. Des véhicules larges réduisent le sentiment de sécurité des cyclistes. On observe aussi que la distance de dépassement a tendance à être plus grande lorsque les cyclistes ne portent pas de casque ou que ce sont des femmes.
Comme il manquait, à ce jour, des données sur la situation en Suisse, l’ATE a mené une étude en collaboration avec la haute école de Suisse orientale. Grâce à des capteurs à ultrasons, nous avons mesuré l’écart de dépassement entre les voitures et les vélos sur les principaux axes cyclistes de Berne, Zurich, Genève, Köniz, Burgdorf, Sion et Olten. Plus de 5000 automobilistes ont participé (sans le savoir) à l’étude.
Problème national
Le résultat est pour le moins préoccupant, voire alarmant: 21 % des automobilistes seulement ont respecté la valeur indicative d’au moins 1,5 mètre. Un tiers a même dépassé des vélos à moins d’un mètre d’écart. Selon les spécialistes, ce n’est pas seulement désagréable, c’est aussi dangereux, que les cyclistes soient aguerri·es ou non. En moyenne, l’écart n’était que de 1,2 mètre. Le problème du dépassement dangereux ne concerne donc pas qu’un petit nombre d’automobilistes, mais semble plutôt être la norme. On observe d’ailleurs très peu de différences d’une ville à l’autre.
La situation est-elle moins critique lorsque les personnes dépassées sont vulnérables? Nous avons fait le test avec une remorque pour enfant. Heureusement qu’elle n’était pas occupée, car l’écart est resté pratiquement le même que lors des mesures effectuées sans remorque.
Le dilemme des voies de circulation
Est-ce que les cyclistes ont la possibilité d’influencer l’écart de dépassement? Le fait de rouler plus à gauche ou plus à droite joue-t-il un rôle? Nous avons aussi fait des tests, et la réponse est: théoriquement oui, mais concrètement non. Lorsque les cyclistes roulent tout à droite, près du bord de la chaussée, les automobilistes dépassent effectivement en laissant bien plus d’espace. Cependant, les cyclistes sont alors confrontés à d’autres risque: portes ouvertes de voitures stationnées, bouches d’égout, tessons de verre ou autres obstacles sur la chaussée, etc.
Que faire, alors, pour éviter les frôlements? La vitesse est un point à considérer: sur les tronçons où elle est limitée à 30 km/h, les cyclistes sont dépassé·es à la même distance que sur les routes à 50 km/h. Un frôlement est nettement moins dangereux lorsque la vitesse est faible.
L’infrastructure entre aussi en ligne de compte. L’étude a montré que des bandes cyclables légèrement plus larges amélioraient l’écart de dépassement, la ligne jaune servant de point de repère aux automobilistes. Lorsque les voies cyclables étaient parallèles à la voie de circulation des voitures, mais séparées par des éléments solides, l’écart s’est encore accru. Il est important que ces mesures soient mises en oeuvre, en particulier sur les routes principales. C’est en effet sur celles-ci qu’ont lieu la plupart des dépassements. Les mesures en faveur des cyclistes sur les routes secondaires sont certes souhaitables, mais elles ont peu d’influence sur la sécurité lors des dépassements.
En matière d’infrastructure, une mise en oeuvre à large échelle n’est toutefois pas possible, particulièrement en ville, où la place est limitée. Il y aura toujours des situations dans lesquelles les cyclistes devront compter sur la bienveillance des automobilistes: lors de la fin abrupte d’une voie cyclable avant un giratoire, par exemple, ou lors du rétrécissement des voies de circulation en présence d’îlots. C’est pourquoi une distance de dépassement minimale doit être inscrite dans la loi en guise de valeur indicative pour les automobilistes et pour protéger les cyclistes. Nous y travaillerons dans une prochaine étape.
Plus de place, moins de stress
Les mesures visant à améliorer la sécurité lors des dépassements dépendent largement d’une question de fond: qui a droit à combien de place sur la route? Allons-nous continuer, comme jusqu’à présent, à accorder la priorité à la voiture dans l’utilisation des routes et, ce faisant, à reléguer les vélos en marge? Les cyclistes sont principalement perçu·es comme un obstacle qu’il faut dépasser le plus vite possible et dont l’espace s’arrête, au maximum, au niveau du marquage jaune de la bande cyclable. Si, en revanche, nous voulons que le vélo ne soit pas synonyme de stress et de dangers, mais de solution attractive pour se déplacer, nous devons lui accorder nettement plus de place en tant que moyen de transport à part entière.