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Martin Winder Direction ATE
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Le lobby automobile présente volontiers l’augmentation du trafic comme une loi de la nature, une conséquence inévitable de la croissance de la population et de l’économie, qu’il convient d’accepter sans ciller.

Ce point de vue sert une visée politique. Quand le trafic est considéré comme inéluctable, il n’est plus nécessaire de discuter de sa conception. Il ne reste alors qu’à réclamer de nouvelles autoroutes. Pendant des décennies, la politique des transports en Suisse a suivi cette logique apparente. En 2024, le Conseil fédéral s’en est servi pour justifier les milliards qu’il comptait investir dans les routes nationales. Heureusement, une nette majorité de la population n’a pas suivi son raisonnement. La discussion n’en est pas terminée pour autant et les partisanes et partisans des extensions autoroutières ne lâchent pas le morceau.

Le trafic routier n’est pourtant pas une loi de la nature ou une fatalité. C’est le fait de créer sans cesse de nouvelles capacités qui accroît la demande. Le trafic est une dimension modulable. Nous pouvons le contrôler activement, par exemple en développant systématiquement les transports en commun ou en encourageant la mobilité cycliste et piétonne – comme raconté dans l'interview avec Denise Belloli.

À Birsfelden (BL), la population subit les conséquences de décennies d’augmentation du trafic routier. Le trafic d’évitement de l’A2 engorge la route principale et pousse les automobilistes à se faufiler dans les quartiers. La commune lutte contre cette surcharge avec des amendes. Des caméras enregistrent les véhicules: ceux qui traversent le quartier en moins de 15 minutes, et qui n’en ressortent pas là où ils y sont entrés doivent passer à la caisse. Le système fonctionne, le trafic dans les quartiers a diminué. Les médias ont toutefois relayé les plaintes d’automobilistes outrés. L’Office fédéral des routes (OFROU), qui qualifie le système de «roadpricing indirect», n’est pas d’un grand soutien pour la commune. Son directeur, Jürg Röthlisberger, a déclaré à la télévision alémanique qu’il avait voulu agrandir l’autoroute à Birsfelden (tunnel du Rhin à Bâle) afin d’éliminer le trafic d’évitement, mais que le peuple avait malheureusement refusé le projet. L’OFROU n’a pas d’autres solutions à proposer. Sa mission n’est-elle pas de construire des routes?

Birsfelden montre toutefois que nous avons le pouvoir d’agir. Nous pouvons concevoir le trafic de manière réfléchie.

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